Gérard Gasiorowski
Carré d'Art - Musée d'art contemporain de Nîmes,
exposition jusqu'au 19 septembre 2010.

Carré d’Art-Musée d’art contemporain de Nîmes propose, quinze ans après le Centre Georges Pompidou,
une nouvelle rétrospective dédiée à l’oeuvre de Gérard Gasiorowski (1930–1986).
Composée d’une centaine d’oeuvres, dont certaines rarement montrées, cette exposition entend proposer une
nouvelle lecture du travail de l’artiste, tenant en premier lieu dans le refus d’une mise en perspective linéaire. Les
principales séries ou oeuvres – des Approche (1965-1970) à Fertilité (1986) – sont présentées. Néanmoins, la
chronologie est complètement modifiée afin de multiplier les points d’entrée dans son travail.

Toute sa carrière durant, l’artiste se pose en chantre de la contradiction, pensée en termes de mise en
opposition constructive et non d’impossibilité. Il s’agit là d'un aspect incontournable de sa pratique et de sa
personnalité, qui le voit passer de la figuration hyperréaliste à l’abstraction ou la fiction, de la virtuosité à la
croûte, tout en maniant l’irrévérence ou l’hommage, la gravité et l’ironie la plus acide, l'excès ou l'ascèse.

Gasiorowski s’est en effet ingénié à jouer lui-même avec l'exégèse de son travail en multipliant chausse-trappes
et objets de confusion, construisant une oeuvre faite de disparitions (Les Aires, Kiga), de conflits (La Guerre,
l'Académie Worosis Kiga), de dons ou d'offrandes (Hommage à Manet, Les Paysans), allant même jusqu’à produire,
au cours des dernières années de sa carrière, des oeuvres dont l’ampleur rend la présentation quasi impossible. Il
s'agira en outre de mettre en lumière un processus de travail constamment porté par l’obsession du
recommencement et du flux permanent de la peinture ; une quête qui s’est traduite par la répétition de motifs
ponctuant son oeuvre à intervalles plus ou moins réguliers.


L’accrochage de l’exposition entend procéder lui aussi de cette logique de la contradiction et du
recommencement en la rendant visible au travers de rapprochements d’oeuvres a priori incongrus, mais aussi en
disséminant volontairement des « indices » conduisant à une compréhension globale de l'oeuvre. Car au-delà d'un
travail fait de ruptures et de recherches discordantes, l'exposition permet néanmoins d’affirmer la cohérence
de l’ensemble de l’oeuvre de Gasiorowski. Cette cohérence – qu'il définit comme une « ligne indéfinie » qui le
ramène jusqu'à Lascaux et à l'essence du geste pictural – passe par une remise en question de son propre savoir
et de ses acquis, et surtout par une manière d’interroger sans relâche tant la pratique de la peinture que la
possibilité de peindre et d’être peintre.

La valeur de la peinture*
J'ai toujours considéré comme impensable et extravagant que l’on puisse donner un prix à une belle
peinture, à un tableau du Louvre, mettons. C'est une sorte de leurre. J'ai toujours été très fasciné par les
artistes chinois et japonais qui, il y a de nombreux siècles de cela, montraient la peinture seulement à
quelques initiés […] Montrer de la peinture comme on le fait aujourd'hui, à travers des expositions où
des gens défilent devant elle, avec des queues d'individus qui attendent, quelque part ça me choque. […]
*Extrait de l'entretien entre Gérard Gasiorowski et le journaliste américan Thomas West, le 7 mai 1986.
Carré d’Art – Musée d’art contemporain
Place de la Maison Carrée - 30000 Nîmes


